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J'avais 15 ans ...


J'avais 15 ans quand j'ai rencontré l'alcool. J'étais d'une nature timide et peu expansive. L'alcool m'a permis de m'extérioriser, de me désinhiber, de me sentir plus fort pour inviter les filles à danser, jouer de la musique et chanter sur une scène. 

L'alcool-fête, l'alcool-plaisir, devient petit à petit, insidieusement, un produit qui me permet de me "défoncer" le week-end puis de plus en plus souvent. Je suis devenu un "bon buveur" (excessif). Ce produit devient mon compagnon de tous les jours. J'en use et en abuse, et rapidement je suis dépendant physiquement de cette drogue dure. Je ne vis plus. Je suis obsédé par l'alcool : comment m'en procurer, ne pas en manquer, le cacher aux autres... 

Je perds mon emploi, mon logement ; ma femme me quitte avec notre enfant. Je me rends bien compte que je suis en marge de la vie et de la société. Je me sens honteux, coupable et incapable d'arrêter seul ce cauchemar. Pourtant une petite lueur d'espoir me permet de réagir et d'aller à la rencontre de l'association "La Croix Bleue". J'ai 28 ans et ne suis plus seul. Je vais pouvoir m 'en sortir.

Alain


Comment décrire une vie qui n'en est plus une ?

Imprégnée d'une culture, de tabous, de secrets de famille, aveuglée par les images véhiculées autour de la personne alcoolique et de son entourage, ma prise de conscience de l'alcoolisme de mon mari fut longue.
Envahie par la honte, je me suis longtemps cachée cette vérité et j'ai cultivé les faux-semblants en espérant sauvegarder un tant soi peu l'image de notre famille, m'efforçant de minimiser le problème et ses conséquences aux yeux des parents, amis, voisins, qui, de leur côté, feignaient de l'ignorer. Bien que les enfants en fussent quotidiennement témoins je continuais devant eux à nier l'évidence et, à leur tour, ils adoptaient le même comportement vis-à-vis de l'extérieur.
Au fil du temps, la situation empirant, j'aurais voulu faire machine arrière et confier enfin à quelqu'un les raisons de mon mal-être et de ma solitude grandissante.
Mais je dus me rendre à l'évidence, il me serait difficile de trouver la personne en qui je pourrais avoir confiance pour partager mes soucis, écouter sans me juger, entendre ma souffrance sans avoir peur de la porter à son tour.
Par peur, par honte, par culpabilité, je me suis enfermée, condamnée au silence.
Jour après jour, je tissais la toile qui me retenait captive. Prise au piège, je vis tout s'effondrer autour de moi, les relations, l'espoir, les projets, la vie ne laissant place qu'à la mélancolie, le désespoir, le néant.
Je ne voyais plus le monde extérieur, pas de journaux, pas de télévision. J'évitais de sortir pour ne plus croiser les regards.
J'ai bien souvent laissé mes enfants aller seuls à l'école pour être sûre de ne rencontrer personne, leur distribuant des rôles qui n'étaient pas les leurs parce que je n'avais plus la force de faire face.
Je restais des journées entières dans le noir porte et volets fermés.

Dormir pour ne plus penser, pour ne plus souffrir.
Comment expliquer à ses voisins ou à ses proches d'où venaient les cris qu'ils avaient entendus la nuit précédente ?
Comment pourraient-ils ne pas remarquer les stigmates de la souffrance sur mon visage ?

Pendant des années j'ai tremblé d'ouvrir ma porte. Je ne répondais pas pour ne pas avoir à inventer une autre histoire, pour ne pas faire semblant, car il était bien là mon problème, je devais faire semblant de vivre alors qu'à l'intérieur j'étais déjà morte.
A force de me mentir, j'avais fini par m'oublier. Mon miroir ne me renvoyait plus que l'image d'une inconnue, le vague reflet d'un corps sans âme.
C'était un autre monde, une autre dimension ; c'était pourtant le mien, je le connaissais bien.
Enfant j'avais déjà rencontré les tabous. L'alcool faisait alors déjà partie de ma famille; pourtant je n'ai jamais entendu personne l'évoquer.
Alors très jeune je fus partagée entre ce monde d'apparence, (une famille unie, la messe le dimanche, une éducation basée sur le respect, la vérité, la notion du bien et du mal) et un monde parallèle, mon quotidien, (les mensonges, les non-dits, la violence).
C'était comme si l'on s'obstinait à repeindre un mur qui se lézardait et s'effritait.
Inévitablement un jour il s'écroule. Les tabous avaient eu raison de moi et du même coup de ma foi.
J'ai vu le jour en 1957, mais je n'ai commencé à vivre que 40 ans plus tard, lorsque mon mari a pris la décision de s'en sortir en rejoignant la Croix Bleue.
Je suis entrée par cette porte qu'il avait aussi poussée pour moi. J'ai pu enfin sortir du silence...


Catherine


Lettre à l’ami qui a failli me coûter la vie.

L’ami qui me voulait du mal

J’ai ouvert la porte de la Croix Bleue, ivre de douleur, épuisée, anéantie par toi : L’alcool.

Mon compagnon, pendant dix ans, tu m’as fait croire, m’as menti, m’as salie, m’as enfermée dans une nuit sans fin.

Alcool, illusionniste, qui lorsque je n’avais pas le courage d’avancer, tu me disais :

"Je suis là, pour te protéger, te chérir, panser tes blessures"

Alcool, tu ne m’as donné que le pire, tu m’as emprisonnée dans la honte, la solitude, la nuit, le désespoir.

Aujourd’hui, j’apprends à vivre sans toi. Je viens chaque semaine à la Croix Bleue, espace où j’apprivoise lentement l’espoir.

C’est vrai, il m’arrive de me décourager, mais ici auprès des abstinents, non abstinents, membres actifs ou solidaires, je sais que la solidarité, la générosité sont des réalités qui m’éloignent de toi.

Témoignage de Valérie - Janvier 2002.


Monsieur le Président

(sur l'air du "Déserteur" de Boris VIAN) 

Monsieur le Président

Vous écrivons cette lettre

Que vous lirez peut-être

Si vous prenez le temps.

On souhaite vous informer

Du problème de l'Alcool

Où les services s'étiolent

Depuis quelques années.

 

Monsieur le Président

II vous faut réagir

Il faut faire quelque chose

Et ne pas nous laisser mourir.

C'est pas pour vous fâcher

Si l'alcool vous rapporte

II faut que vous sachiez

Que nous, il nous emporte.

 

S'il y a quelques années

L'alcool nous rendait gai

Nous faisait rigoler,

Chanter, danser s'marrer

Depuis not' dépendance

Alcool égale souffrance

Et parfois même errance

Dans notre décadence.

Not' corps a tant souffert                

Notre entourage l'enfer

Lorsqu'on veut réagir

Il ne faut pas faiblir.

Rendez-vous chez l'médecin

Pour avouer notre mal

Qu'l'alcool nous rend malade

Et qu'on n'est plus serein.

 

Bien souvent il nous faut,

Pour tenter d'nous soigner,

être hospitalisé

Avant d'être en morceaux.  

 

Alors expliquez-nous

Pourquoi not' maladie,  

Pourquoi notre souffrance  

N'a plus d'reconnaissance.  

Vous débudgétisez  

Les soins d'alcoologie,  

Vous réduisez les lits  

Et nous laissez crever.  

 

 

 

 

Monsieur le Président  

Nous sommes toxicomanes  

D'un produit bien légal  

Ne nous laissez pas dedans.  

Ne prenez pas trop de temps,  

Rassemblez vos semblables,  

Limitez les palabres,  

Accordez nous du temps.  

 

Monsieur le Président  

Si vous nous comprenez,  

S'il vous plaît, agissez,  

Avant qu'tout soit fermé.  

Nous on veut s'en sortir  

On veut tenter d'guérir  

S'il n'y a plus de services  

Alors qu'on en finisse,  

Alors qu'on en finisse ...

 

 

 

Cyril -  septembre 2000


Adolescence difficile

Après une adolescence difficile où se bousculaient des tas de problèmes existentiels, j'ai commencé à sombrer progressivement dans le processus alcool.

Je buvais car j'avais besoin du produit pour m'intégrer à mon groupe d'amis.

J'avais le sentiment d'un profond décalage de mentalités ou plutôt de centres d'intérêt.

En plus de me donner un peu d'assurance, l'alcool m'aidait à oublier le manque d'affection et d'attention de mon petit ami. Cela ne durait jamais très longtemps car il ne me fallait pas une grosse quantité d'alcool pour que les effets que je recherchais ne se transforment en délire hystérique.

Par la suite, j'ai quitté ma maison, mes parents, mes repères, pour me retrouver en appartement, seule avec mes problèmes. Là j'ai vite pris le pli de boire le soir après ma journée de travail. Cela a duré 2 ans, période pendant laquelle une grosse dépression s'est installée.

Pour enrayer cette dépression (seule maladie dont j'avais parfaitement conscience à l'époque), j'ai décidé à 24 ans de quitter ma région natale pour changer de vie, de repères.

J'ai été alors recueillie par mes oncles, tantes et cousins qui se sont vite rendu compte de mon problème d'alcool. Je suis aujourd'hui persuadée que, si mes parents, parfaitement conscients de mon problème, les avaient mis dans la confidence, ils ne m'auraient pas pris en" charge" moi et mon amie fidèle de l'époque : la bouteille.

Mensonges, tromperies, "conneries" se sont succédés, et, petit à petit, l'alcool, associé aux antidépresseurs (je tiens à mentionner ce cocktail aux ingrédients incompatibles), m'a fait perdre la confiance de toutes les personnes que j'aimais. Je buvais le soir et le week-end, mais jamais durant la journée, ainsi j'arrivais tant bien que mal à camoufler le problème au travail.

Un jour, ma tante m'a découpé dans un journal un petit article sur l'association la Croix-Bleue, mais j'ai considéré que ce n'était pas pour moi,"je ne suis pas ALCOOLIQUE !" (ce mot me fait encore mal aujourd'hui quand je l'utilise).

C'est en fait la lassitude de mon entourage à me faire comprendre qu'il fallait que je me soigne qui m'a fait réagir. Ils avaient toutes et tous déployé tant d'énergie pour me faire prendre conscience de ce que je devenais, que j'ai fini par admettre qu'il fallait que je fasse une démarche. J'ai appelé Alain, membre actif de la Croix-Bleue, avec qui j'ai eu un premier entretien. Il m'a ensuite fait découvrir l'association dont j'ai eu l'impression au départ qu'il s'agissait d'une secte mais j'ai très vite compris que ce n'était pas du tout ce que je croyais.

J'y ai rencontré des gens comme moi, dépendants à l'alcool ou en ayant subi les méfaits par personne interposée. Je suis allée régulièrement aux réunions, c'est-à-dire toutes les semaines, car j'avais besoin de ce groupe qui me rassurait.

C'est comme ça que je m'en suis sortie. Sans sevrage ni cure, la Croix Bleue seule a été ma solution pour guérir.

Ça n'a pas été simple car les obsessions de la bouteille ont été longtemps présentes mais, sur le chemin de l'abstinence, on apprend à devenir patient.

Toute notre vie se reconstruit progressivement, c'est la politique des petits pas. Le plus dur  pour moi a été de faire mon deuil de l'alcool en découvrant à 25 ans que je ne pourrais plus jamais reboire une seule goutte d'alcool (car, au delà de ses méfaits, un verre de bon vin ne réveille pas que les papilles gustatives).

Aujourd'hui j'ai 27 ans et je suis abstinente depuis plus de deux ans. J'ai pris la décision à mon tour d'apporter mon soutien et mon témoignage aux personnes qui ont des problèmes de relation avec l'alcool et je suis devenue membre actif de la Croix-Bleue de Poissy.

Voilà mon parcours, qui avec du recul s'est passé sur une courte période mais a néanmoins fait de nombreux dégâts. Doucement les conséquences désastreuses de cette période d'alcoolisation abusive s'atténuent et surtout la confiance de ma chère famille revient.

Je serai, et je tiens à le clamer, éternellement reconnaissante envers ces personnes de la Croix-Bleue si dévouées.

Mélanie (avril 2003)


Et même et si …

Pour tous ceux que tu disais trop aimer

Pour tous les faux semblants de vie

Pour tous les deuils que tu n’as pas su accomplir

Milles raisons pour la rejoindre

L’eau enivrante ruisselante de ton seul désir de vivre

Personne pour t’aimer dis tu !!!!

Une raison supplémentaire

La vie  trop quotidienne , trop aliénante dis tu !!!

Une raison supplémentaire

Un au revoir pas osé, oublié

Une raison supplémentaire

Mille et une raisons que tu ajoutais à ta liste

Un danger douceur à tes yeux

Un danger mouroir aux yeux de tes proches

Que tu ne soupçonnais même pas qu’ils existaient !

Il y a toujours quelque part quelqu’un qui peut t’aimer

Il y a toujours une odeur, une couleur, un son qui te touchent

Et même si mes mots ne sont pas assez forts

Ecoute-moi juste un instant

Je ne veux pas mourir avec toi, en toi

Cette eau enivrante me fait  vivre des combats bien trop violents

Crois moi…et même si…… tu sauras vivre, sentir, et voir

Crois moi c’est si analgésique aussi que vivre avec le réel

Mes mains seront toujours là pour te retenir de ne plus vouloir vivre

Avec moi ou sans moi tu verras que tout est concevable

Et même si …..ta raison supplémentaire sera si différente

Tu la penseras bien plus puissante, en toi elle sera claire

Aussi claire que l’eau naissante

 

Et même si…….

Françoise (novembre 2004)


Comme une femme à la mer…à Elle

 On s’aventurait dans des histoires de femmes…

Nos chemins se ressemblent un peu

Comme une petite sœur

Nos forces et nos faiblesses nous nous les racontons

Comme deux petites sœurs.

Comme deux jolis cœurs.

Parce que je ne voudrais pas que ses mots se transforment à l’imparfait

Je vous le dis, un hommage que je m’accorde à lui donner

Parce que les heures passent si vite, parce que l’on ignore ce que sera demain

Parce que l’on se tait pour ne pas faire trop de bruit, et elle ne veut pas faire trop de bruit, elle aime le silence.

Un jour, j’ai ouvert une porte, la porte de la croix bleue de Poissy

Des plaisirs faits de tout petit rien

Un tout petit rien qui vous ouvre le cœur

Une découverte que vous souhaitez prolonger

Et on se raconte nos folies, nos actes manqués

Elle a un nom, mais je ne peux vous le citer

Mais cette fois-ci je ne veux rien perdre de ces instants

Parce la vie est chemin de maux

Parce que la vie est chemin de bonheur autorisé

Elle est un exemple pour moi.

Elle sait taire les moindres maux

Mais parfois tout doucement elle vous alerte

Alors vous ouvrez votre cœur

Femme je dis bravo à votre vie.

Je vous garde dans mon chemin de vie parce que je vous aime.

Françoise (décembre 2004)


 

 

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