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NAISSANCE DE LA SOCIETE FRANCAISE DE LA CROIX-BLEUEEn Suisse Louis-Lucien ROCHAT est né en
1849. Après avoir été dans le négoce
de tissus en gros, puis paysan pour sauver un domaine familial, Louis-Lucien
Rochat entreprend des études pastorales au cours desquelles il constate
l'abandon inquiétant du culte par les masses ouvrières [1]. Pour parachever ses études, il
part en Angleterre où, pour la première fois, il entend le témoignage d'un «buveur
invétéré» guéri. A ses yeux, c'est un miracle de Dieu.. En 1874, pour
vérifier qu'il est possible de renoncer à toute boisson alcoolique sans
compromettre sa santé, il se soumet à ce régime, et en déduit que
l'obstacle à l'abstinence est plus d'ordre social que physiologique. Le Pasteur
Rochat s'interroge sur la puissance de ces usages et conclut que son devoir de
chrétien est d'adopter un genre de vie opposé sur ce point aux habitudes du
milieu ambiant. Découvrant également que les anciens buveurs ne peuvent
limiter leur consommation, la reprise d'un premier verre entraînant
immanquablement celle des suivants, il estime qu'il n'y a pas d'autre arrêt
possible que la coupure totale. Participant dans la rue, à une réunion
dite d'évangélisation, il entend quelques hommes discuter et dire: «laissons-les
parler, ils sont payés pour le faire, sans cela ils ne le feraient pas» .Cette
réflexion déterminera plus tard sa décision de travailler bénévolement pour
la Croix-Bleue, allant jusqu'à payer lui-même ses frais de voyage. De retour à Genève, il prend, le
8 janvier 1876, son premier engagement d'abstinence totale, mais sans encore en
parler autour de lui. Alors stagiaire en paroisse, il est amené à présider
une série de services funèbres d'hommes décédés des suites de l'abus
d'alcool (maladies ou suicides). Prenant la mesure de l'étendue du fléau,
puisque tout se fait et se traite alors un verre à la main, il décide
d'entreprendre une campagne contre l'intempérance. Le 21 septembre 1877, parce qu'il
n'avait pas réussi à se faire entendre au «Congrès pour la réforme des mœurs»,
Louis-Lucien Rochat convoque une rencontre spéciale en conférence publique.
C'est là que des personnes de bonne volonté sont conviées pour la première
fois à signer un engagement écrit d'abstinence totale. Il faudra toutefois
attendre encore deux ans avant qu'un buveur ne vienne à une réunion. Ainsi est née la Croix-Bleue,
avec ses principes disait-on ( actuellement on parle de méthode) : -abstinence totale et définitive, -aide de Dieu, -soutien d'un membre actif, -bénévolat. En
France Pierre BARBIER est né en 1835 à
Valentigney (Doubs). Dès l'âge de onze ans, il était
connu comme un terrible buveur de vin, agité, malheureux, tempêtant contre la
société, le gouvernement, etc..., paraissant incurable, ayant eu plusieurs
crises de delirium, ayant dû quitter sa maison après une déconfiture
commerciale, chrétien tourmenté ne parvenant pas à vivre ce qu'il lisait dans
la parole de Dieu, homme méprisé par tous, chrétiens compris, qui lui
interdisaient l'accès à leurs réunions, homme se méprisant, au fond de la déchéance,
dans l'impasse. Le 18 septembre 1874, Pierre
Barbier a 38 ans. Il est seul dans son champ, occupé à arracher des pommes de
terre. Dégoûté de lui-même, il s'écrie alors : «Misérable que je suis,
qui me délivrera?» «Pardonne-moi encore cette fois, Seigneur, donne-moi de ne
plus jamais boire». Il eut l'impression immédiate d'être délivré et ne
rebut jamais. En 1880, Pierre Barbier, qui avait
déjà rencontré en 1879 des chrétiens tempérants, apprend que la Croix-Bleue
prospérait de l'autre côté du Jura, à la Chaux-de-Fonds en Suisse. -il s'y rend, prend son premier
engagement sur un carnet neuf, qu'il emporte avec lui pour recruter des
signatures françaises, -il gagne à sa cause Lucie
PEUGEOT qui fut la deuxième signataire en France. Tout les séparait. Il était
pauvre, elle était riche. Il appartenait à la classe des travailleurs, elle était
fille de patron. Il était méprisé, elle était honorée. Elle avait compris que Barbier
devenu abstinent était seul au milieu d'une génération incapable de la
comprendre, exposé aux pressions, dans un pays où l'on ne croyait pas qu'il fût
possible, ou même permis, de ne célébrer la moindre chose, joyeuse ou triste,
autrement qu'un verre à la main. La Croix-Bleue française était née
: un ancien buveur et un solidaire ensemble. En juin 1883, Louis-Lucien
Rochat vient en visite à Valentigney. De nouvelles signatures s'ajoutent et la
première section française voit le jour. Son premier Président fut Pierre
Dieterlen, un pasteur. Pierre Barbier, devenu maraîcher,
parcourait la région dans son break aux lanternes bleues, avec pavillon
Croix-Bleue déployé. A la vue de l'équipage, les passants s'écriaient «Voilà
la tempérance!» La croyance était généralement répandue que le vin était
nécessaire à la vie. Les tentations étaient nombreuses. Des amis disaient à
Barbier: «Puisque tu es guéri, tu pourrais reprendre un verre de vin avec nous».
Mais celui-ci répondait: «J'ai donné ma boisson à Dieu le 18 septembre 1874,
je ne dois la reprendre sous aucun prétexte». Depuis cette époque et tout au long des années (bientôt 120 ans), la Croix-Bleue a toujours pu constater, à travers les évolutions successives, de la société que la méthode de rupture avec l'alcool, découverte par Louis-Lucien Rochat, garde toute sa valeur, même si le vocabulaire n'est plus celui des origines et s'est adapté au fur et à mesure afin d'être compris de tous. (D'après un texte extrait de la reliure remise aux nouveaux membres actifs jusqu'en 1995) [1]
Ce texte a été rédigé avec le vocabulaire de l'époque. |
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