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DEFINITIONS
Au cours des ans, l'alcoolisme a fait l'objet de définitions multiples et parfois discordantes, dont voici l'essentiel :
Le mot "alcoolisme" fut créé en 1849 par Magnus HUSS, un médecin suédois, après qu'il ait constaté et étudié la fréquence d'affections hépatiques, cardiaques et neurologiques touchant la population hospitalière de Stockholm.
Magnus HUSS forgea alors le terme synthétique d'alcoolisme qui se substitua à celui alors en vigueur d'ivrognerie. La définition universellement reconnue pendant une centaine d'années fut la suivante : ensemble des conséquences pathologiques d'une consommation excessive de boissons alcooliques (vin, bière, spiritueux).
Dans les années 1950, le Dr FOUQUET renouvela l'approche du problème en l'étayant sur trois concepts :
" L'alcoolisme : perte de la liberté de s'abstenir d'alcool.
" L'alcoolopathie : trouble comportemental constitué par des perturbations de la tolérance à l'éthanol (alcool éthylique) et par l'installation d'une dépendance â ce produit. Il relève de trois facteurs constitutifs : le facteur psychique, le facteur de tolérance, le facteur toxique.
" L'alcoologie : concept d'approche globale des problèmes d'alcool permettant d'intégrer les trois facteurs de l'écosystème du discours alcoolique : l'individu, l'alcool, le milieu, et de les apprécier à leur valeur authentique sans privilégier aucun des aspects psychologique, physiologique ou sociologique du fait de sa propre formation antérieure."
Le Dr FOUQUET a également créé de nouveaux termes pour différencier les différentes formes d'alcoolisme : alcoolites, alcooloses et somalcooloses.
En 1960, JELLINEK, Sociologue américain auprès de l'Organisation Mondiale de la Santé, définit l'alcoolisme comme "tout usage de boisson alcoolique qui cause quelque dommage à l'individu, à la société ou aux deux". Cette définition englobait les lésions physiologiques dues à l'alcool et les troubles du comportement liés à son usage. JELLINEK nuança ensuite sa pensée en distinguant cinq types d'alcoolisme désignés par les premières lettres de l'alphabet grec.
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1849 |
Magnus HUSS |
ensemble d'affections hépatiques, cardiaques et neurologiques |
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1950 |
Pierre FOUQUET |
perte de la liberté de s'abstenir d'alcool |
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1960 |
JELLINEK |
tout usage de boissons alcooliques qui cause quelque dommage à l'individu, à la société, ou aux deux (définition adoptée par l'OMS). |
D'autres désignations ont encore vu le jour :
ainsi l'ANPAA évoque les alcoolomanies primaires et secondaires, l'alcoolisme cyclique, les dipsomanies, ...
décrivant le parcours des alcoolo-dépendants, le Docteur RAYNAUT parle de périodes rose, grise et noire,
etc.
RESUME DES PRINCIPALES FORMES D'ALCOOLISME
| A.N.P.A.A. |
FOUQUET |
JELLINEK |
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Alcoolomanie primaire
survient rapidement,
souvent chez des sujets jeunes (défonce),
présentant des troubles névrotiques, psychologiques ou caractériels,
en réponse à une angoisse,
buveurs souvent solitaires,
consommation d'alcools forts.
Alcoolomanie secondaire
aboutissement d'une alcoolisation plus ou moins longue (des années ...),
comportant deux phases :
buveurs d'habitude,
buveurs à problèmes,
aboutit à la dépendance.
Alcoolisme cyclique
crises d'alcoolisation aiguës coupées par de longues phases d'abstinence ou de sobriété,
Dipsomanie
un peu comme ci-dessus mais on boit n'importe quoi (eau de Cologne, alcool à brûler, ...),
l'aspect gustatif est occulté au profit du seul effet psycho-actif.
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Alcoolose
consommation d'alcools forts,
45% des cas hommes, 80% des cas femmes,
consommation clandestine, solitaire,
épisodes de 5 à 10 jours coupés d'arrêts de 3 à 10 semaines,
fort sentiment de culpabilité pendant les phases d'arrêt (qui tendent à se raccourcir).
Alcoolite
consommation de vin ou bière :
quotidienne,
en compagnie,
45% des cas hommes, 5% des cas femmes,
ivresse exceptionnelle,
pas de sentiment de culpabilité,
à la longue, perturbation du caractère et des relations mais maintien des apparences.
Somalcoolose
consommation d'eau de Cologne, d'alcool à brûler, ...,
5% des cas hommes, 15% des cas femmes,
crises de quelques heures ou de quelques jours,
ivresses répétitives.
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Alpha
consommation de soulagement,
dépendance purement psychologique : boire pour soulager un malaise physique ou émotionnel,
évolue souvent en Gamma.
Bêta
consommation d'habitude,
consommation excessive, régulière, de longue durée,
complications somatiques (polynévrites, gastrites, cirrhoses),
pas de dépendance,
évolue souvent en Delta.
Gamma
buveurs excessifs,
perte du contrôle de la consommation,
ivresses,
quelques périodes de sobriété pouvant durer quelques semaines.
Delta
buveurs "accros",
impossibilité de s'abstenir un seul jour.
Epsilon
buveurs cycliques,
alcools forts,
consommation intermittente, par crises.
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A RETENIR
Il n'y a pas un alcoolisme mais des alcoolismes, pratiquement autant qu'il y a de personnes souffrant de ce mal.
Tous ont un point commun : la dépendance.
De la même façon qu'il est inapproprié de réduire un aveugle à la seule désignation de son handicap, aucune définition de l'alcoolisme, même si elle permet de mettre des mots sur les maux, n'est satisfaisante ni suffisante, parce qu'un sujet alcoolo-dépendant n'est pas qu'un alcoolique, c'est avant tout une personne à part entière, potentiellement capable de nouer et vivre des relations pour peu qu'elle rencontre espoir et considération.
Dans l'accompagnement qu'ils vivent au quotidien, les membres de la Croix-Bleue ont pu constater qu'ils rencontrent de moins en moins de situations d'alcoolisme de convivialité (habitude, culture, tradition) et de plus en plus de situations d'alcoolisme d'inviabilité (conditions de vie difficiles voire précaires, mal-être, situations de rejet et d'échec : social, professionnel, familial, conjugal).
A ce titre, d'autres travaux de JELLINEK s'avèrent du plus haut intérêt et sont porteurs d'une véritable espérance, que l'on soit accompagnant ou pas, que l'on ait soi-même vécu la dépendance ou pas.
La meilleure illustration en est sa célèbre courbe de JELLINEK (fichier PDF à imprimer), à lire de droite à gauche, décrivant la lente et terrible descente aux enfers de la personne alcoolo-dépendante et la formidable remontée qui lui fait suite lorsqu'elle parvient à se libérer du produit dont elle était devenue l'esclave.
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